samedi 13 avril 2013

La bouteille d'encre à l'amer

Notre société adulte n'est pas sortie de l'enfance;  elle continue à se créer des monstres et des fantômes, à se complaire dans une sorte de panique qui accélère leur rythme cardiaque et offre une bouffée d'adrénaline à ses sens ankylosés et saturés d'ennui.
Qui se lève pour dénoncer un spectre destructeur et terrible trouve un écho certain dans bon nombre de cervelles assoiffées de nouvelles horreurs, de nouvelles peurs. Ainsi la fin du monde programmée trouva son grain à moudre, tout comme la crise "imminente", la rupture de normalité qui n'a jamais été si proche, les Juifs futurs maîtres du monde, l'islam galopante, la sauvegarde de la race blanche, les lois stupides et toujours plus délirantes... La moindre nouvelle devient aussitôt l'objet d'un mail tournant qui nous annonce sous les termes les plus alarmants qu'il en va du salut du monde de faire tourner cette nouvelle horrible pour l'humanité, notre race et nos racines. On assaisonne d'un petit coup de philosophie et d'idéologie pour faire style et avoir l'air d'être un adulte quand même, on fait semblant de faire de la politique quand on arrive tout juste à se situer dans le vulgaire agitateur de sloggans et ainsi pense-t-on que le monde doit tourner.
 Je cherche alors à comprendre ce monde étrange où je ne trouve pas ma place. Un monde que je croyais sérieux et important, un monde où l'intelligence devait briller et s'affirmer.
 Je crois qu'il faut remonter en amont et accuser l'école, l'éducation parental qui avec le progrès, le confort, les vaccins et la ddass a supprimé les peurs des enfants, ces peurs essentielles pour grandir et acquérir la sagesse adulte.
Les générations des 30-60 ans ont eu une enfance douce, sans guerre, sans crise majeure, sans faim, des nounous ou des mamies qui portaient leur pas pour éviter les chutes et les genoux ensanglantés. Ils allaient à l'école avec de beaux livres et de beaux cahiers, ils ont eu les stylos-plumes à cartouches qui ne faisaient pas de tâches, puis les stylos billes qui ne coulaient pas, des leçons écourtées et des auto-dictées qui leur enlevaient toute peur d'une faute par l'inconnu de la dictée de contrôle. Puis on leur a enlevé l'analyse logique et grammaticale, on a même concentré toute la jungle des articles, adjectifs démonstratifs, possessifs i tutti dans un seul cadre : les déterminants, afin d'ôter cette peur dédalienne de l'esprit qui devait s'aventurer dans les méandres de la réflexion et de l'analyse, fameuse analyse qui libère l'esprit et entrave ceux qui veulent en prendre possession...
L'idéologie elle-même participe au mouvement de prise ne charge des masses et liquide la litanie des rois de France pour rabâcher l'alpha et l'oméga de notre nouvelle histoire : la seconde guerre et ses hlpsdnh. L'Histoire et son édifice hiérarchisé, sa structure est ainsi réduite à toute une série d'histoires horribles de petits enfants dévorés par le méchant ogre fasciste.
N'oublions pas non plus les docteurs de famille surchargées de grippes, de rhumes et d'angines, de vaccinations avec ces rappels oubliés sous son oeil accusateur pour les parents inconscients et irresponsables, laissant aux oubliettes les médecines naturelles, les secrets de grand-mère pour soigner et prévenir les maladies. Et ceci jusque chez nos vieux avec le semainier à pillules qui les fait pourrir dans la peur immature de la mort, l'esprit lassé et maugréant.
La peur de l'inconnu, la peur de l'échec, la peur des supérieurs qui sont devenus des animateurs au lieu de maîtres ont été méthodiquement supprimées de la vie de nos têtes blondes. Les parents sans cesse rabaissés devant la toute-puissance enfantine au nom du droit des enfants, et qui l'acceptent sans mouffeter considérant l'insolence de leur progéniture comme une preuve de maturité alors qu'ils les confortent dans leur immaturité, justement, de sales gosses qui ne prennent plus de coups mais grandissent avec leurs certitudes atrophiées d'enfant-roi; ces parents-là démissionnent et la réussite scolaire devient alors un objectif rassurant au détriment d'une éducation de la vie.
On s'étonne après que le monde tourne de travers! Il est au main d'une masse mouvante immature qui prétend le diriger en faisant ressurgir des peurs enfantines non vaincues et sans désir de les affronter pour les dompter, car c'est cela être adultes, c'est les dompter et avoir le courage de prendre les mesures qui s'imposeraient afin qu'elles ne soient plus qu'un souvenir. Pour assumer une démocratie il faudrait avant tout grandir...
 Cependant certains ont trouvé le filon et entretiennent avec sadisme ces peurs, ils les provoquent même pour garder la main-mise sur ces esprits sans plus de consistances que la bouillie ingurgitée depuis toutes ces sales dernières années, cette bouillie fabriquée à base de menus plaisirs et de souffrances rejetées.




4 commentaires:

  1. Très intelligente analyse bien sûr , peut être cette frilosité ambiante et ces peurs virtuelles remplacent elles la crainte nécessaire du mal et des véritables ennemis en nos âmes.

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    1. oui, oui, oui ! archi-oui...Il n'empêche que d'au-delà du conspirationnisme de bas étages, nous sommes quand même réellement dans la merde, l'économie et la civilisation à l'agonie...et les lobbies triomphants.

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  2. 'qu'au-delà', pardon, Sonia...

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  3. bg,
    que nous soyons réellement dans la merde, cela ne fait pas de doute et n'a malheureusement rien de virtuel, mais n'est-ce pas notre attitude face à cette agonie qui devrait mûrir et motiver des choix "révolutionnaires" qui consisteraient en quelque sorte à nous libérer de ces "peurs" et considérer ces pseudo-triomphes de lobby comme leur propre agonie dans le sens où le mal amène toujours le chaos et permet au juste de grandir vers un plus grand bien?

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